Déneigement aux programmes…

décembre 3rd, 2007

Comme ça arrive souvent lors de journées enneigées, j’ai pris le temps de faire un peu de ménage… Quelques sujets, en vrac, dont j’ai omis le traitement ces dernières semaines.

En regardant par la fenêtre ce matin, il était difficile de ne pas penser voir le paradis avant l’enfer. La beauté de Montréal sous la neige est infinie. Les flocons se mêlent au vent pour offrir une poudrerie qui recouvre l’ensemble des reproches de laideur avec un manteau d’un blanc immaculé. L’hiver gèle les langues et emplit de neige les bouches des détracteurs urbains pour quelques heures. Pendant quelques minutes, les yeux brillants des enfants frémissants à l’idée d’aller profiter de ce cadeau du ciel nous font oublier le travail parfois discutable de certains élus. Pour un temps seulement…

Dès que la tempête est passée, la frénésie de l’ensevelissement de la ville tombe en même temps que les sourires. La neige se transforme en “maudite marde blanche” et les reproches recommencent.

“Le déneigement ne va pas assez vite”

“La Ville n’est pas capable de faire sa job”

“On va encore en avoir pour trois semaines”

Ironiquement, on vient d’annuler deux contrats et un appel d’offres pour le déneigement de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. L’annulation a été réclamée dans un rapport du service du capital humain de la Ville de Montréal. Le service enquête également sur des allégations de corruption contre un haut fonctionnaire municipal qui aurait profité des largesses d’un entrepreneur ayant obtenu l’un des contrats (CORRIVEAU, Jeanne. Le Devoir, Samedi 1er décembre 2007 p. A5). Pour une fois, ce n’est pas un élu… On peut toutefois prévoir des délais supplémentaires pour les résidents de l’arrondissement.

Parallèlement le déneigement demeure l’une des seules responsabilités du maire de l’Arrondissement de Ville-Marie. Benoît Labonté sera-t-il en mesure de déneiger convenablement son arrondissement, ou tant Super-Gérald que le prochain chef de Vision Montréal utiliseront cet enjeu pour se faire du capital politique sur le fonctionnement hivernal du centre-ville et le danger que le non-entretien des trottoirs représente pour les piétons? Verrons-nous, encore une fois, les Montréalais trébucher en exécutant quelque figure artistique sur les plaques de glace qui seront laissées en place par les cols bleus sous prétexte qu’ils n’ont ni les effectifs, ni les moyens techniques pour les faire disparaître. Tout ça pendant que le Califfe et Iznogoud se prendront aux cheveux sur divers sujets, dont le déneigement, mais aussi sur le rapatriement des pouvoirs par le maire Tremblay.

Étrange, quand on y pense, qu’un roitelet d’arrondissement ayant ouvertement poignardé SON maire soit surpris que ce dernier, avant de rendre son souffle ultime, lui inflige l’affront de lui retirer tout ce qui pouvait lui rester de pouvoirs réels. Les choses seraient-elles en train de revenir à ce qu’elles auraient dû être depuis le départ? Si les mesures adoptées par la ville-centre ne l’ont été que pour humilier Benoît Labonté, on peut en douter. La recentralisation peut commencer par la prise de contrôle du centre-ville, mais ne doit pas s’y limiter.

Il ne faut pas revoir des affronts à la démocratie comme il en fût à Outremont. Le dérapage des fusions-défusions est tel, que le baron d’Outremont a pu s’arroger le droit de boire aux frais des citoyens. Il s’est payé, à deux fois le montant de la soumission, un centre culturel tout neuf. Un héritage à la fois somptueux et amer pour un arrondissement où les gens sont fiers d’habiter. Où était le contrôle? Où était le vérificateur? Où était Québec? Le plus triste là-dedans, c’est lorsqu’on en vient à se poser cette question: où étaient les citoyens?

Quelques-uns étaient là. Ils veillaient au grain, mais leurs voix n’ont pas été entendues. Le mouvement de politique municipale n’a pas levé. La démocratie ne vit pas que le temps d’une élection. C’est une créature qu’il faut entretenir si l’on veut qu’elle subsiste, qu’elle conserve ses pleins droits et, de cette façon, nos propres droits. En la gardant active, nous nous offrons non seulement le droit de parole, mais également le droit de faire comprendre aux élus qu’il sont au pouvoir par nous, pour nous, et qu’ils doivent nous écouter. N’est-ce pas, Madame la Ministre?

Encore faut-il, même si l’on nous écoute, que notre voix soit justement représentée. La palme de l’ignorance municipale revient encore à l’inaccessible député de Bonaventure (charmante circonscription gaspésienne) et, accessoirement, ministre des affaires municipales et des régions du Québec. Au fil des ans, elle a appris à maîtriser l’art de la réforme à la va-comme-je-te-pousse. Peu de réflexion, beaucoup de pression, infiniment trop de priorités mal placées, la nouvelle réforme de la gérance de Planète-Montréal - qui pourrait, idéalement, inclure une vague de centralisation rafraîchissante - contient également la pire idée que ce gouvernement ait apportée au monde municipal: le secrétariat d’agglomération. Le droit de la majorité montréalaise sera bafoué pour satisfaire le cannibalisme des insulaires de l’Ouest dans un retour en arrière sans précédent. Peu de développement toutefois puisqu’en ce jour de décembre, la composition du secrétariat n’a toujours pas été confirmée…

De toute façon, pendant que vous pelletez la marde blanche, le Gouvernement s’occupe de vous…

* * *

 

Je m’en voudrais d’oublier la partie programmation de l’histoire. En sortant mon baladeur pour aller libérer l’escalier extérieur du manteau blanc laissé aujourd’hui par Dame-Nature, je me suis rappelé ce courriel reçu la semaine dernière…

Je vous ai déjà parlé de CIBL, cette station de radio communautaire qui s’intéressait aux enjeux montréalais tout en offrant une programmation de qualité. Figurez-vous donc que le directeur des programmes a quitté la station. La tournure des phrases des dernières communications officielles de la station, à savoir:

“Comme vous le savez peut-être, Jean-François Porlier, directeur de la programmation à CIBL a mis fin à son contrat et a quitté l’aventure Radio-Montréal.”

“Nous souhaitons finalement vous informer que Jean-François Porlier a quitté l’équipe de CIBL Radio-Montréal, après plus d’un an au poste de directeur de la programmation. Nous lui souhaitons la meilleure des chances dans ses projets futurs!”

Ça laisse franchement à penser que “l’aventure” ne s’est pas trop bien terminée. Ce ne sont, pour l’instant, que des suppositions, mais je mènerai une enquête plus poussée dans les prochains jours. Cela dit, la station s’est donné, il y a quelques mois, les moyens d’avancer, d’aller plus loin dans l’offre d’une programmation par Montréal, pour Montréal. Il ne reste qu’à espérer que le départ du directeur des programmes, l’une des pièces maîtresses de ce renouveau CIBLien ne me fera pas préférer le iPod à la radio…

Super Gérald à la rescousse… Tremblay fripons!

septembre 3rd, 2007

Je suis toujours étonné de voir comment l’opinion publique change rapidement de nos jours. À titre d’exemple: vous connaissez l’histoire hollywoodienne de ce maire passé de flanc-mou à héros à cause d’une fissure?

Comme vous l’avez probablement remarqué, je me suis permis quelques semaines de vacances. À mon retour, j’ai consulté la Montréalaise en chef (c.-à-d. la patronne) histoire de savoir ce qui s’était passé en mon absence. Après les formules d’usage, les nouvelles du voisinage et la remise en contexte effectuée, madame Montréal m’annonça candidement:

-Ah, et Gérald Tremblay se fait taper dessus, dit-elle.

-Ah bon!? Qu’est qu’il a fait encore? répondis-je, estomaqué.

-Rien

-Comment rien?

-Non, rien. C’est justement pour ça qu’on le décrie: les gens d’affaires trouvent qu’il ne fait JAMAIS rien.

Ainsi donc, les entrepreneurs et gens d’affaires, Gilbert Rozon en tête et Normand Legault dans son sillage, l’accusent de manquer de leadership, de diriger une ville où l’entrepreneuriat est englué dans cet aggloméré municipal fusionné-défusionné-décentralisé-restructuré où l’on a appliqué tant de politiques ministérielles structurantes et porteuses

Bel été en perspective pour un maire qui songe à se représenter en 2009… Les choses se tassent toutefois. Mémoire politique et sélective oblige, les péripéties de Gérald au pays festivals ont été éclipsées de la vie des gens et des nouvelles. Arrive enfin cette journée fatidique où naissent parfois des superhéros à partir de rien. Un vendredi de fin août comme les autres…

C’est alors que tout bascule. On apprend d’abord, vers 13hoo, le décès de la mairesse de Québec, Andrée P. Boucher. Puis, vers 14h00, c’est la pagaille au centre-ville: on vient de fermer le boulevard de Maisonneuve et une partie du métro est fermée. Bye-bye mairesse, Montréal s’effondre. Voilà le moment précis où Gérald obtient le droit désormais inaliénable d’entrer au panthéon des légendes héroïques humaines et de s’affubler de la si célèbre particule… Débarquant en hâte d’un camion de pompiers, bravant les journalistes, ce bon grand-père sans peur et sans reproche (ou presque) vient combattre la méchante dalle de béton et rassurer la population:

-Il est 14h, TOUT VA BIEN, dormez braves gens! Nous fermons un quadrilatère avec diligence, je demande aux ingénieurs de la ville d’inspecter le tout avec diligence. Nous agissons et agirons avec diligence afin que tous les services concernées fassent leur travail diligemment. Il est 14h, TOUT VA BIEN, dormez braves gens!

Une réponse rapide, un maire présent, qui répond diligemment (sic) lorsque la situation le commande et qui prouve ainsi que les intérêts de sa ville lui tiennent à coeur. Il n’en fallait pas plus pour Gérald devienne Sup… Ah non?! Pas encore?! Il fallait qu’il en fasse plus? Rien n’arrête donc un maire à l’action… Ne reculant devant rien, peut-être parce qu’il a pris goût au pouvoir et à son exercice, Gérald fait, quelques jours plus tard, une annonce aussi intelligente qu’inattendue:

Je, Monsieur le maire, reprends - avec effet immédiat - le contrôle de l’ensemble des dossiers du Centre-Ville (CHUM 2010, Quartier des spectacles, etc.). Toi, Benoît Labonté, Seigneur de Ville-Marie, demeure au comité exécutif, mais pour ne gérer que les minuscules questions de culture, design et patrimoine.

Applaudissements à tout rompre: le maire s’est enfin réveillé. On a réveillé le Gérald qui dort. Il se débarrasse ainsi de son bon Iznogoud le plus près, tout en rassemblant sur son bureau les dossiers les plus “structurants et porteurs” - parlons plutôt de ceux qui lui apporteront le plus de visibilité - de la métropole. Je ne sais pas si vous avez lu (ou vu) les Rois Maudits, mais ça me rappelle ce chapitre des “poisons de la couronne” où Louis X (le hutin) décrète, sur un coup de tête et décidé à reprendre le contrôle du royaume, “Je place l’Artois sous ma main”. Toujours est-il que la critique est unanime: Tremblay fripons et méchants opposés au régime, Gérald sait enfin faire preuve de leadership. Les chroniqueurs sont en verbe: Michèle Ouimet applaudit, Yves Boisvert est optimiste - mais prudent, et les analystes parlent d’une évolution positive et souhaitable de la situation politique. Seule note discordante: Mike Boon, de la Gazette, qui y va de cette image saisissante:

Montrealers can dismiss Tremblay the Tiger’s show of strength as just another illustration of the law of nature that sustained my dating career: Even a blind squirrel finds nuts once in a while

Traduction libre: “Les Montréalais peuvent oublier cette démonstration de force de (Gérald) Tremblay puisque ce n’est qu’une autre démonstration de la loi de la nature qui a toujours mené ma vie amoureuse: même un écureuil aveugle trouve des noix une fois de temps en temps…”

Ainsi, malgré tout, naquit Super-Gérald: le maire qui sauva Montréal d’un effondrement certain (sic). Il a bel et bien, pour une fois, fait preuve d’un peu de leadership en recentrant les grands dossiers vers la mairie de la ville-centre. Toutefois, la vraie épreuve de force serait de transformer ce qui n’est qu’une amanchure bringuebalante de structures difformes et sclérosées en une ville qui n’a pas peur d’affirmer son existence et son unicité. Transformer le gâchis libéral en un modèle de développement urbain où la démocratie ne se bute pas aux relents d’un régime seigneurial post-industriel. La démonstration de leadership doit être forte et claire: Montréal c’est une ville, pas 20. Les employés sont ceux de la Ville, pas des vassaux des seigneurs locaux. L’agglomération, c’est Montréal plus les villes défusionnées, pas l’inverse! La communauté métropolitaine, c’est Montréal plus ses banlieues, pas le contraire.

Le véritable superhéros de Montréal ne sera pas celui qui supportera une dalle de béton à bout de bras, mais celui qui prendra la défense de la Ville et ses habitants comme d’un Tout, face à tout. Super-Gérald est peut-être ce incarnation de Montréal, cette Voix de la Métropole. Il a déjà prouvé qu’il pouvait, parfois, faire preuve du courage, de l’énergie et du leadership nécessaire pour faire avancer des dossiers externes. Reste à voir Super-Gérald saura réellement faire face à la social-bureaucratie québécoise où s’il se peindra lui-même dans un coin en faisant refaire les murs de son bureau en Kryptonite

L’art du pire…

juin 23rd, 2007

Je me demande parfois si la ministre des affaires municipales et des régions, Nathalie Normandeau, est complètement déconnectée, carrément incompétente ou simplement niaise. Malgré que tout soit possible en politique, j’ai un peu de difficulté à croire que la troisième possibilité explique le comportement erratique de la ministre. Selon toute vraisemblance, la loi annocée cette semaine est décision politique visant à rallier les anglophones de l’Ouest de l’Île, visiblement déçus par leur manque de représentation au sein du conseil des ministres.

En fait, ce qui a été annoncé par la loi 22 est une autre tentative de sauver la chèvre et le chou. Ainsi, la loi consent à Gérald Tremblay un “conseil municipal élargi” devenant le conseil de la nouvelle “Agglomération de l’Île de Montréal”

8. Les articles 4 et 5 du décret n° 1229-2005 du 8 décembre 2005, concernant l’agglomération de Montréal, sont remplacés par les suivants :

« 4. Le conseil de la municipalité centrale constitue le conseil d’agglomération.

Sa composition est toutefois élargie de la façon prévue à l’article 5.

« 5. Aux fins de constituer le conseil d’agglomération, le conseil de la municipalité centrale est formé des membres qui y ont été élus, des maires des municipalités reconstituées et d’un conseiller de la Ville de Dollard-Des Ormeaux désigné par le maire de celle-ci.

De plus, ce projet de loi ne modifie pas les articles 10 à 12 du décret 1229-2005, qui précisent:

10. La représentation de la municipalité liée dont la population est la moins élevée a une voix.

La représentation de toute autre municipalité liée a un nombre de voix égal au quotient que l’on obtient en divisant la population de cette dernière par celle de la municipalité visée au premier alinéa. Pour l’application des deux premiers alinéas, la population de chaque municipalité liée est celle qui existe au moment du vote aux fins duquel doit être déterminé le nombre de voix de chaque membre du conseil d’agglomération. Lorsque, à ce moment, le décret du gouvernement établissant les populations pour l’année civile suivante a été publié à la Gazette officielle du Québec, on tient compte de celles-ci par anticipation.

11. Dans le cas où la municipalité a un seul représentant, celui-ci a le nombre de voix attribué à la représentation de la municipalité. Dans le cas contraire, chaque représentant a un nombre
de voix égal au quotient que l’on obtient en divisant le nombre de voix attribué à la représentation de la municipalité par le nombre de représentants de celle-ci.

12. Dans le cas où le quotient calculé en vertu du deuxième alinéa de l’article 10 est un nombre décimal, on tient compte des deux premières décimales et, lorsque la troisième aurait été un chiffre supérieur à 4, la deuxième est majorée de 1. Dans le cas de la municipalité centrale, l’arrondissement prévu au premier alinéa s’applique également au quotient calculé en vertu du deuxième alinéa de l’article 11.

C’est donc dire que la volonté du Maire Tremblay n’est pas si peu respectée qu’il ne le laisse entendre. Là-dessus du moins…

En clair:

  1. Ce conseil d’agglomération sera dorénavant formé par un conseil municipal élargi.
  2. Ledit conseil d’agglomération passera de 30 à 80 membres.
  3. La représentativité proportionnelle au poids démographique des municipalités  qui prévaut actuellement demeure.

Là où le bât blesse, c’est quand on parle de la nouvelle super-patente miraculeuse supposée régler tout les problèmes de gouvernance de Montréal.  La loi 22 impose la création du très utile “Secrétariat de l’Agglomération de l’Île de Montréal”, dont la fonction est:

 1° de favoriser la circulation de l’information entre la municipalité centrale et les municipalités reconstituées;
2° de procéder, s’il le juge opportun, à des vérifications sur tout aspect de l’administration de la municipalité centrale qui intéresse l’agglomération;
3° de formuler des avis et de faire des recommandations au conseil d’agglomération sur tout sujet ayant un lien avec l’exercice d’une compétence d’agglomération.

Cette super-patente est en plus “une personne morale de droit public”, ce qui lui permet, entre autres, d’intenter des poursuites.  Mais la véritable farce, c’est les droits démesurés qu’on octroie à ce secrétariat:

 18.3. Dans l’exercice de ses fonctions, le secrétariat a le droit :

1° d’exiger, de tout employé de la municipalité centrale, tous les renseignements, rapports et explications qu’il juge nécessaires ;

2° de prendre connaissance de tout document lié à l’exercice d’une compétence d’agglomération.

Un droit à sens unique où le secrétariat, dont la mission est de dicter une partie de l’agenda du nouveau conseil d’agglomération, pourra se mettre le nez où il veut et faire pression sur quelque fonctionnaire qu’il veut à Montréal.  Le secrétariat aura ainsi le pouvoir de s’ingérer dans les affaires internes de la ville-centre et en exiger des comptes.  Pendant ce temps, les villes “reconstituées” pourront continuer de gérer leurs affaires comme bon leur semble, tout en ayant le nez fourré dans les dossiers de Montréal.  Comment la ministre peut-elle croire que les “défusionnistes” n’utiliseront pas l’information fournie pour nuire à la ville-centre à leur profit?

Ils se sont déjà fait un devoir de détruire la nouvelle ville, nuire au possible au fonctionnement muncipal en exigeant la délégation de pouvoirs de plus en plus importants vers les arrondissements dont ils étaient les nouveaux résidents après la fusion.  Ils se sont fait un plaisir de s’en aller après avoir obtenu ce qu’ils voulaient, laissant Montréal empêtrée dans le fouillis législatif qu’ils avaient exigé.

Le problème actuel de Montréal en est bel et bien un de gouvernance.  La ville est effectivement ingérable et Gérald Tremblay en est aussi responsable que les “défusionnistes” et la ministre des Affaires municipales.  Il a accepté de décentraliser l’administration pour faire plaisir à ces anti-montréalais qui l’avaient élu pour détruire la nouvelle ville.  Malgré tout, il faut aujourd’hui regarder devant et tenter de régler les problèmes. Ce n’est cependant pas en lui imposant un GROS boulet déguisé en une autre entité inutile, que la ministre résoudra les problèmes de la métropole.

Si au moins elle a pu mettre de côté son envie de donner les clés de ce secrétariat aux villes “reconstituées”, c’est toujours ça de gagné.  Néanmoins, Nathalie Normandeau demeure la preuve vivante que lorsqu’on n’a pas la compétence  nécessaire pour s’occuper d’un dossier, mieux vaut ne pas s’en mêler…

Montréal à pieds

mai 12th, 2007

On a beau dire, se déplacer à Montréal n’est pas aisé.

  • Le transport en commun est, à plusieurs endroits, déficient.
  • La voiture est, c’est au moins ça de gagné, de moins en moins la bienvenue en ville.
  • Le réseau cyclable, en voie d’amélioration, est engorgé sur les artères principales.
  • Les piétons ont peine à traverser les rues.

Le plus ironique, c’est que les piétons Montréalais sont les plus maltraités au Canada. Selon les dernières statistiques, le nombre de piétons blessés ou tués est en diminution constante au Canada alors qu’il augmente à Montréal.

En y regardant de plus près, on constate que l’Île, comme en bien d’autres domaines, se démarque du reste du monde. On peut, dès le départ, pointer du doigt le civisme de tous . Les piétons ne respectent ni les feux de circulation, ni les traverses balisées. Les cyclistes ne respectent - souvent - personne. Les automobilistes ne respectent - et encore! - que les feux rouges.

Réglons d’abord le cas des automobilistes: la plupart du temps, ils ne respectent pas les lignes d’arrêt et s’immobilisent généralement à l’intérieur de la traverse balisée des piétons. Ils forcent souvent les “jaunes” et respectent rarement les flèches vertes les forcant à aller tout droit qui apparaîssent avant le feu vert “toute direction” sur beaucoup d’intersections du centre-ville. C’est d’ailleurs le principal problème des taxis. Là où les automobilistes sont toutefois les plus dangereux, c’est quand ils ne respectent la priorité absolue du piéton - garantie par le code de la route - qu’il serait convenu d’appeler “règle du moins bien protégé” (en référence à la “règle du moins manoeuvrable” qui prévôt dans monde maritime et qui spécifie que l’embarcation la moins aisée à faire dévier a préséance sur les autres navires). Ainsi, la personne circulant à pieds a priorité sur le vélo et sur l’automobile, le cycliste a doit laisser passer le piéton, mais a priorité sur l’automobiliste et le conducteur de l’auto doit patienter… Ce n’est malheureusement pas toujours le cas.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je me suis fait accrocher par un frustré en traversant la rue Jeanne-Mance, angle René-Lévesque Ouest, il y a quelques semaines. Le gentil automobiliste avait décidé de passer devant le piéton coûte que coûte… Résultat? Non seulement il m’a accroché, mais en plus c’était ma grande faute! Bon… je l’admet, j’ai un peu forcé la note. On peut appeler ça de la fronde, de l’effronterie, voire de l’inconscience, mais ayant anticipé l’action que l’incompris en Audi allait prendre, j’ai tout de même continué à traverser. Seule consolation, en me heurtant, il a probablement égratigné sa portière lorsque mon sac à dos l’a frappée… Pas de mal, mais rien pour améliorer une opinion sur les automobilistes montréalais…

Quand on y pense, Montréal est vraiment un microcosme. Dans le reste du Canada, c’est vrai que les conducteurs font généralement attention à ceux qui marchent, mais c’est aussi vrai que les piétons respectent les lois en vigueur et font preuve de prudence et de civisme lorsque vient le temps de partager la route. Prenons l’exemple de Terre-Neuve. À St-John, il y a, à chaque traverse balisée, un panneau de signalisation qui montre un piéton, étendant le bras au moment de traverser la rue. De fait, dès que vous mettez le pied dans la rue - et de surcroît si vous allongez un bras - tous les véhicules s’arrêtent et vous cèdent le passage. Pis encore, le sourir du conducture vient en prime! Incroyable!

Ce serait cependant malhonnête de blâmer uniquement les voitures pour toutes les blessures et décès de piétons. De fait, selon le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM), les marcheurs sont responsables de près de 60% des incidents qui les touchent. Il faut néanmoins trouver des solutions qui protègent les Montréalais en même temps qu’on leur rappelle que la sécurité est la l’affaire de tous.

En ce sens, désormais célèbre “futur plan de transport” de l’administration Tremblay devrait contribuer à atteindre objectifs de réduction des blessures. En effet, ce plan contient une charte du piéton qui énonce les volontés municipales dans l’épineux dossier des relations routières. Ce plan d’action se résume en deux mots: sécurité et sensibilisation. La Ville entend augmenter la sécurité des piétons, notemment dans les secteurs de grande affluence, comme le centre-ville et les abords des écoles. Des réductions de limites de vitesse sont à prévoire, de même que la création d’un système d’appaisement de la circulation (trafic calming). Elle compte aussi rappeler à tous l’existence d’un code de la sécurité routière. Quand et comment ce sera fait, personne ne le sait. Le plan de transport devrait être déposé dans les prochains jours. Il contiendra de très bonnes nouvelles, comme la charte du piéton et la création de nouvelles pistes cyclables.

Il vaut aussi la peine de noter les efforts faits par les partis d’opposition à l’Hôtel de ville. Projet Montréal, entre autres, propose sa propre charte du piéton. Elle s’apparente à celle de l’administration Tremblay, mais va tout de même un peu plus loin en affirmant la primauté de la marche - combinée au transport en commun - comme moyen de se déplacer en ville. Elle propose, en outre, des réductions des limites de vitesse plus fortes que celles du Maire ainsi qu’un moratoire sur la construction de toute infrastructure qui destinée à accroître le nombre d’automobiles à Montréal.

Deux chartes, deux visions, mais un seul objectif: rendre Montréal plus accueillante pour ceux qui ne souhaitent pas, ne peuvent pas, ou n’ont simplement pas besoin de posséder une voiture pour se mouvoir en ville. C’est un pas en avant, MODESTE, mais tout de même un pas en avant vers une vision de la ville faite en fonction de ses habitants plutôt que de ses profiteurs.

Le rêve de Gérald…

avril 29th, 2007

On dit souvent qu’il faut de la vision pour gouverner. Peu de gens se questionnent toutefois sur la réelle vision de ceux qui les gouvernent. La politique est aujourd’hui affaire de communication. Les médias, malgré ce qu’ils tentent de se faire croire, sont souvent les courroies de transmission de l’information du dirigeant vers le public. Ils le font de telle sorte qu’une même dépense peut être annoncée trois fois en donnant l’impression qu’il s’agit de différents “investissements”. Cette machine de communication peut aussi arriver à faire voir un projet de la taille d’un grain de sable comme une montagne. Tout dépend de la perspective…

Gérald Tremblay est passé maître dans l’art de faire accoucher les montagnes de souris. Depuis 2001, il a réussi à se faire aimer et à passer pour un visionnaire alors qu’il n’avait fait que présenter ou aider de bien modestes projets. C’est dommage, parce qu’il aurait pu profiter de la foulée du 40e anniversaire d’Expo ‘67 pour relancer Montréal et remettre la métropole québécoise à l’avant-scène mondiale. Au contraire, Gérald Tremblay s’est contenté de participer, sans nécessairement le faire lui-même, à l’annonce de la modification du tracé d’une autoroute, à la rumeur de création d’un tramway à touristes et l’annonce de la revitalisation d’un espace fédéral. Dans tout cela, Gérald Tremblay n’a rien présenté de constructif pour l’avenir de Montréal. Jusqu’ici, il s’est contenté de faire des apparitions pour appuyer les petites initiatives des autres, comme saluer l’arrivée du métro électoral. Pas de quoi écrire à sa mère, comme disait l’autre.

Le plus troublant dans tout ça, c’est lorsqu’on demande à monsieur le maire quel est son rêve pour Montréal… Il rêve euh… D’une grande ville… Construite à partir de projets structurants… Pouvez-vous être plus précis? Euh… Une ville propre… Où il ferait bon vivre… Gérald Tremblay était devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain la semaine dernière. Il y a donné les grandes lignes de son “projet d’avenir” pour la ville. Son rêve, il le résume en une phrase selon lui: “Prendre soin de notre ville, et réaliser notre plein potentiel.”

On est loin du Métro, de l’Expo, des Olympiques de Jean Drapeau. Pas étonnant que lorsqu’on lui demande si les Montréalais peuvent encore rêver de grandes réalisations comme l’a été l’Expo ‘67, le maire n’ait pas été capable de répondre. Le journaliste Gérard Samet de CIBL Radio-Montréal était sur place ce jour-là et a poser la question à Gérald Tremblay. La réponse est on ne peut plus vague:

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Si c’est là toute la vision du maire de Montréal, il n’y aura personne pour s’étonner que la statue de Gérald Tremblay ne soit jamais érigée à côté de celle de Jean Drapeau. Pas de grand projet, pas de réel développement, rien pour honorer le rêve du maire. Comment peut-on demander aux gens de prendre soin d’une ville où il ne fait pas si bon que ça vivre? C’est beau de redévelopper certains secteurs, mais pas au détriment des secteurs déjà habités. C’est bien d’apporter une nouvelle offre de transport en commun — en PPP à ce qu’il paraît — pour les touristes, mais pourquoi passer à côté des lignes qui seraient vraiment utiles aux citoyens? C’est vrai que quand on ne prend pas le transport en commun, on peut difficilement savoir comment il faut le développer…

La vision, c’est vouloir non seulement laisser sa marque avec des “projets structurants” - de la bouche même de Frank Zampino: projets qui marqueront Montréal pour les décennies à venir, qui seront la fierté des générations futures - mais surtout d’être capable de projeter sa ville dans un futur plus ou moins rapproché. D’avoir une vue d’ensemble d’un développement qui met le citoyen, pas le contribuable, au coeur de ses préoccupations afin que ce dernier ne soit plus enclin à déserter la ville centre au profit des banlieues et, mieux encore, devienne un véhicule publicitaire de la vie urbaine. Malgré tous les progrès de la publicité, il demeure un fait: la démonstration reste beaucoup plus convaincante que tous les slogans.

Remarquez que, pour gouverner, deux qualités sont indissociables. Avoir une vision est une chose, avoir le leadership de l’appliquer en est une autre. Est-ce que Gérald Tremblay est un leader né, NON. Est-ce que le maire a tenté tout de même de faire preuve de leadership, J’EN DOUTE. Est-ce que, même s’il faisait preuve de leadership, Monsieur Tremblay aurait le contrôle de sa ville, PROBABLEMENT PAS. Montréal est ingérable par le modèle même de son administration municipale… Mais ça, c’est une autre histoire. Un fait demeure: Gérald Tremblay n’a, depuis son arrivée au pouvoir, démontré ni véritable vision politique, ni véritable leaderhip. L’absence de l’une ou l’autre de ces qualités peut toujours être compensée par la présence d’une bonne équipe autour du chef. Il faut toutefois avouer que lorsque ces deux éléments vous font défaut, même si ça ne vous empêche pas d’être reconnu, avec raison, comme un bon gestionnaire de caisse populaire, vos chances de marquer l’histoire - si ce n’est d’avoir été le plus sympathiques gérant de ladite caisse pop - fondent à vue d’oeil. Il reste tout de même deux ans avant les prochaines élections. C’est peu pour des réalisations concrètes, mais c’est suffisant pour faire rêver les idéalistes…

***

Tant qu’à parler de projets et d’idées pour Montréal, en avez-vous? Dans la foulée du 40e anniversaire de l’Expo ‘67, j’aimerais savoir si vous en avez des projets pour cette ville. Est-ce qu’il y a quelque chose qu’on pourrait faire pour rendre Montréal plus agréable pour ses citoyens et plus attrayante pour les continentaux? Est-ce qu’on doit continuer de gérer la ville comme une caisse populaire ou on doit lui redonner le rayonnement international des années ‘60 et ‘70? Vos suggestions sont les bienvenues à projet@unmontrealais.com. Je publierai les plus intéressantes.

Toujours en pensant à l’exposition universelle de Montréal, la station de radio CIBL et son magazine du midi “Le Midi Libre” présentent cette semaine une série de reportages et d’entrevues sur Terre-des-Hommes. Ce sera diffusé entre midi et 13h du lundi 30 avril au vendredi 4 mai.
As-tu l'oreille à Montréal?

Le tramway du Havre

avril 14th, 2007

On apprenait cette semaine que la ville de Montréal considérait un retour du tramway comme une amélioration possible du système métropolitain de transport en commun. Ah oui? Est-ce qu’on parle du système de transport dépassé dont il fallait absolument se débarasser pour faire place aux autobus dans les années 1950 et 1960? Le transport public qui ne pollue pas, transporte plus de personnes qu’un autobus et coûte moins cher à construire qu’un métro? Ben voyons! C’est ça le nouveau projet structurant de Gérald?

Récapitulons: le quotidien La Presse semble avoir entendu parler du plan de transport que le maire de l’arrondissement Rosemont et responsable des transports au comité exécutif de la ville de Montréal, André Lavallée devrait rendre public en mai. De ce que la Presse a appris, la Ville créerait une ligne de tramway partant du carré Dorchester (angle Peel et René-Lévesque), partirait vers le sud, longerait la rue de la Commune et remonterait la rue Berri jusqu’au métro Berri-UQAM. Cette ligne utiliserait une des voies du CN séparant la rue de la commune du Vieux Port de Montréal.

Bout Ouest de la ligne «Enfin!» - serait-on porté à dire - Gérald Tremblay se prépare faire preuve de leadership et annoncera un vrai projet d’envergure pour Montréal. Quand on y regarde de plus près, il y a toutefois de sérieuses questions à se poser. C’est un beau projet, soit, mais quel en est le but? Le nouveau tracé part d’un point à 5 minutes à pieds de trois stations de métro (Peel au Nord, Lucien-L’Allier à l’Ouest et Bonaventure à l’Est). L’extrémité Est de la ligne est la station Berri-UQAM. Entre les deux? La ligne est à moins de 5 minutes à pieds de 4 stations de la ligne orange (Bonaventure, Square-Victoria, Place-d’Arme et Champ-de-Mars). Dans ce cas, peut-on supposer que ce tramway sera essentiellement touristique?

Est-ce ce qu’on peut appeler de la vision, du leadership? Le vrai leadership dans tout ça n’aurait pas été de penser aux Montréalais avant de penser aux touristes? Le transport en commun de la métropole doit-il maintenant être pensé en fonction des touristes ou des insulaires? J’ose croire que le plan de transport contient plus que de simples projets tape-à-l’oeil! Faire preuve de vision, de leadership, mais surtout de préoccupation du bien-être de ses propres citoyens passerait plutôt par une amélioration du service dans les zones les moins bien desservies par le transport collectif.

Prenons, par exemple, le boulevard Pie-IX. Il y avait, jadis, un service d’autobus express, en contresens qui effectuait la liaison entre le boulevard Henri-Bourassa et le métro Pie-IX. Après plusieurs accidents, la voie réservée a été enlevée et les autobus, n’ayant plus ce moyen de court-circuiter la circulation automobile sont aujourd’hui passablement ralentis. Peut-on penser qu’un tramway pourrait être bien plus utile sur cette ligne - où des abris existent déjà, mais où il n’y a qu’une seule station de métro - que dans le Vieux Port? Vue du Sud-OuestTant qu’à penser aux Montréalais, on pourrait également regarder dans l’Ouest et plus loin dans l’Est. Une ligne de tramway pourrait partir de la station Charlevoix, longer le canal Lachine sur la rue St-Patrick et ainsi désenclaver l’arrondissement de LaSalle. Cette desserte profiterait également aux gens du Nord de Ville-Émard, habitant plutôt loin d’un métro qui longe le canal de l’aqueduc, tout en poursuivant la revalorisation des abords du canal Lachine.

Vue de la Pointe de l'Île

Même chose pour l’Est. Au-delà du métro Honoré-Beaugrand, le Sud-Est de Montréal n’a pas de service de transport en commun vraiment fiable. L’intégration d’un tramway au projet de transformation de la rue Notre-Dame viendrait pallier le manque de service jusqu’à Pointe-aux-Trembles. Au Nord-Est, une fois passée la station Saint-Michel, c’est le néant. Il y a bien sûr quelques lignes d’autobus qui font ce qu’il est convenu d’appeler, en bon français, la «run de lait», mais rien de rapide. Finalement, si l’on tient compte des banlieusards, on pourrait finalement aller de l’avant avec le projet de Système Léger sur Rail que propose l’Agence Métropolitaine de Transport. Ce projet relierait la rive sud à Montréal en utilisant l’estacade du pont Champlain. Il pourrait soit s’arrêter au métro Charlevoix, soit se rendre directement à la Gare Centrale, comme le propose l’AMT.

Quand on y regarde de plus près, l’intérêt des Montréalais est peut-être plus dans le développement d’un transport en commun axé sur leurs besoins plutôt que sur les revenus de la future taxe d’amusement de la Ville. Bien sûr, le projet présenté dans La Presse est intéressant. C’est vrai qu’il donne accès à Griffintown, dans le secteur de la rue Peel, au sud de Notre-Dame. C’est vrai que le projet peut tabler sur une voie du CN désaffectée - qu’il faudra restaurer - dans le Vieux Port. Tout comme il est vrai que le proje St-Patrick peut compter sur la voie longeant le canal Lachine et sur l’appui des maires des arrondissement LaSalle et Lachine, Manon Barbe et Claude Dauphin. Il est possible de penser plus intelligemment le développement du transport en commun à Montréal. Cela passe, entre autres, par le tramway. C’est une alternative écologique et rapide à l’autobus et relativement moins dispendieux que le métro. C’est d’ailleurs ce que propose le parti Projet Montréal dans son plan de développement du nouveau tramway. Ce n’est peut-être pas complètement réalisable, mais ils ont au moins une proposition sur la table.

Penser d’abord à ses citoyens, leur démontrer que leur bien-être, plutôt que leur bien, est au coeur de nos préoccupations. Démontrer à tous que la ville peut-être un lieu accueillant et où il est bon et pratique de vivre. Dépenser l’argent des contribuables pour le bien-être des contribuables. C’est ça faire preuve de vision et de leadership. C’est vrai, ça n’améliore pas nécessairement l’offre touristique, mais, au fond, est-il préférable d’avoir des touristes qui laissent un montant d’argent X en ville ou des Montréalais heureux et des services pensés pour les citoyens qui font tellement bonne impression aux touristes que ces derniers choisissent de s’établir ici et contribuer socialement et monétairement à la vie municipale?

Une radio, une élection et un sondage…

mars 31st, 2007

Je ne sais pas pour vous, mais il y a des jours où j’ai l’impression qu’on prend les Montréalais pour des potiches sans opinion. Prenez les médias. À la télévision et à la radio, on vous donne habituellement les nouvelles de tout le Québec, mais on glisse sur les sujets montréalais ou on passe par-dessus tout ce qui n’est pas affaire judiciaire ou augmentation de taxes.

En y regardant bien, il y a deux raisons pour expliquer cette absence métropolitaine.

  1. Les grands médias montréalais sont habituellement des têtes de réseau et doivent donc fournir un contenu insipide qui doive plaire au plus grand nombre de québécois possible. Dans une radio qui diffuse essentiellement de la musique, c’est faisable, mais pour une radio parlée ou pour une télévision dite “d’information”, ça devient un casse-tête qui diminue la personnalisation du message avec l’espoir d’atteindre le plus grand auditoire.
  2. L’autre problème, c’est le manque d’intérêt des animateurs et journalistes pour les affaires municipales. Ce n’est pas assez “prestigieux”. Il vaut mieux privilégier les grands enjeux nationaux, ça flatte l’égo en donnant l’impression qu’on “parle des vraies affaires”, des “choses importantes”.

Les anglophones se sont approprié les affaires municipales il y a bien longtemps. Alors que les médias francophones, tant écrits que parlés, font régulièrement de la récupération de vieille information que personne n’a utilisée pour boucher des trous, les anglo couvrent quotidiennement les affaires métropolitaines.

À Montréal, il y a toutefois une alternative à l’enflure de l’égo national des grands médias. Ironiquement, ce n’est ni par la radio commerciale, ni par la radio publique qu’on peut entendre parler de notre ville. C’est en fait le communautaire qui offre la meilleure couverture des enjeux métropolitaine. Une seule antenne a su profiter de l’immense trou laissé par la concentration médiatique sur “le national”. Depuis près de deux ans, CIBL-FM 101,5 à Montréal a pris position pour la métropole tant par son slogan que par les sujets dont elle traite. Depuis 2005, la direction de Radio-Montréal (CIBL) a décidé d’occuper l’espace laissé vacant par les autres postes de radio et de télévision. De fait, elle est la seule à proposer des bulletins de nouvelles métropolitaines et une émission du midi (le Midi Libre, du lundi au samedi, de midi à 13h) d’une heure sur l’actualité montréalaise et les dédales de l’administration municipale. C’est en fait la seule émission où l’on vous parlera de conseils d’agglomération pour en dire autre chose que “Mario Dumont promet de les abolir”.

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Tant qu’à parler de Super Mario, avez-vous gagné vos élections? Moi oui… Du moins à la radio. Plus j’écoute CIBL, plus j’ai l’impression d’avoir enfin quelqu’un qui me parle de ce qui se passe dans ma cour. Mis à part les nombreux problèmes techniques (le téléphone défaillant de la première heure), ils ont présenté une émission solide et ont été les seuls à aborder l’élection provinciale d’un point de vue montréalais.

D’ailleurs qui eut crû à une opposition officielle formée par l’ADQ formée notemment grâce aux couronnes nord et sud de Montréal? C’était pourtant prévisible. Ces gens là se sont fait promettre des baisses d’impôts, des mesures pour favoriser la famille, des actions pour débarasser le systèmes qu’ils financent de 25000 assistés sociaux et l’abolition des super-structures municipales créées par les libéraux suite aux votes sur les défusions par un parti qui prône l’affirmation nationale et l’autonomie provinciale. Des idées qui peuvent séduire le citoyen de classe moyenne à qui on raconte depuis des années qu’il est le dindon de la farce fiscale parce que vache à lait du gouvernement.

Plusieurs y ont vu la revenche des méchantes banlieues et régions contre Montréal. C’est peut-être le cas, mais comme le faisait justement remarquer Henry Aubin dans la Gazette ces deux dernières semaines, les comtés insulaires ne sont pas des grands enjeux puisqu’ils sont stables depuis quelques décénies et - là c’est plus dramatique - les gens y sont tellement certain de qui sera élu qu’ils ne vont pas voter. Ainsi, des comtés montréalais, seulement deux ont un taux de participation suppérieur à la moyenne québécoise (71,3%). Ce sont deux circonscriptions de la pointe de l’île (extrémité Est) à savoir Anjou et Pointe-aux-Trembles. C’est chez les anglos que la situation est la plus difficile. Moins de 50% des résidents du comté de Westmount ont été voter. Même si les anglophones sont beaucoup plus près du conseil municipal que du conseil des ministres, Aubin a raison de dire que les “agglomérés” de Montréal devraient prendre conscience de leur poids politique histoire d’être un peu plus considéré lors des élections.

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Pendant qu’on y est, c’est vrai que les anglos s’intéressent plus à la politique municipale. On n’a qu’à prendre le sondage publié par la Gazette le 29 mars, 40% - seulement - des Montréalais sont satisfaits de Gérald Tremblay. C’est un sondage réalisé du 15 au 20 mars par Decima Research auprès de 600 Montréalais. Le plus ironique là-dedans, c’est que personne n’avait pensé à établir la popularité du maire depuis 2003.

Quelques questions se posent toutefois sur l’échantillonnage du sondage. On ne sait pas, pour l’instant, où résident les gens sondés - seule certitude, ils sont sur l’Île de Montréal - ni leur langue maternelle. On peut toutefois affirmer que c’est un message lancé à Gérald Tremblay. Les montréalais sondés n’apprécient pas les gestes posés par l’administration Tremblay-Zampino et le font savoir haut et fort. Près de 70% sont insatisfaits de la gestion des taxes municipales, 59% déplorent les mesures - ou le peu de mesures - environnementales, 57% désapprouvent la gestion du transport - mais le plan de transport présenté bientôt viendra tout régler (sic) - et 56% des répondants n’aiment pas ce qu’on fait de leurs ordures.

En somme, ça ne va pas bien pour Gérald Tremblay. Même si ce sondage peut ne pas être une représentation exacte de ce que pensent les Montréalais, il y a fort à parier pour que Projet Montréal, Richard Bergeron en tête, s’en serve comme munition… Novembre 2009, c’est de plus en plus près. Les libéraux ont appris à leur dépens qu’une campagne électorale ne doit pas durer 30 jours, mais 4 ans. Il en reste 2 au maire pour redorer son blason. On l’a vu avec Pierre Bourque, une élection se gagne vite… Une mairie se perd aussi vite.

Le beigne montréalais

mars 18th, 2007

L’agglomération de Montréal a toujours été un étrange et hétérogène mélange de genres.  De fait, on constate qu’il y a un énorme clivage entre les différents secteurs de l’Île.  Dans un souci d’équité et d’économie, le gouvernement du Québec, alors contrôlé par le Parti Québécois, a entrepris de fusionner les 28 municipalités de l’Île, qui formaient la Communauté Urbaine de Montréal, afin d’en faire une seule et même ville.  La ministre des affaires municipales de l’époque, Louise Harel, a voté une loi concrétisant le projet « une île, une ville » dont on entendait déjà parler sous l’administration Drapeau.

L’ennui, c’est que certains habitants des anciennes municipalités n’ont pas apprécié le traitement que leur infligeait le gouvernement.  Ils ont ainsi contesté la loi créant la nouvelle Ville de Montréal en s’appuyant sur une prétendue « absence de démocratie » lorsque la décision a été rendue.  Si l’on considère cette décision a priori, ils ont raison.  Il faut toutefois pousser un peu plus loin le raisonnement afin d’être en mesure de bien en comprendre les circonstances.

Précisons d’abord que le gouvernement du Québec, en 1998, venait d’être réélu.  On ne peut donc pas affirmer, comme c’est le cas de l’actuel gouvernement libéral, qu’il ne s’agissait que d’une application du principe de saine alternance du pouvoir.  Bref, contrairement à la situation actuelle, ce gouvernement s’était vu confier un second mandat et n’était donc pas en poste parce que l’on souhaitait renverser le gouvernement précédent.  On peut donc penser qu’il avait la légitimité et la représentativité nécessaires à l’exercice du pouvoir, ce qui signifie qu’il était constitué d’un nombre suffisant de députés élus pour représenter la population.  Partant du fait qu’il s’agit de représentants élus démocratiquement pour prendre des décisions en lieu et place de leurs électeurs, on ne peut contester leur légitimité et le poids démocratique de leur décision.  Cela dit, la façon de faire n’est qu’une raison facile évoquée pour la tenue d’un référendum de « défusion » (terme inventé pour l’occasion).  Il faut maintenant s’interroger sur les motivations profondes de ces gens qui ont transformé Montréal en un immense beigne, pour « sauver » une administration.

On sait maintenant que les municipalités défusionnées correspondent, pour la plupart, à un modèle économique et social précis.  Ce sont des villes riches, au bas taux de taxation et bâties sur un modèle favorisant grandement l’automobile.  Bref, ce sont des villes de banlieue tant pour leur situation géographique que leur mode de conception et les valeurs qu’elles présentent.  Sachant cela, on peut penser que les habitants de ces villes aient voulu conserver leurs acquis et les avantages de leurs administrations.  Il faut toutefois être prudent.  La volonté d’un être ou des habitants d’une municipalité ne va pas toujours dans le sens du bien-être commun.  Ainsi, chercher à répondre aux demandes d’un petit nombre dont la satisfaction des exigences nuirait au bien de l’agglomération n’est efficace ni économiquement ni socialement.  C’est pourtant ce qu’a fait le gouvernement Charest en permettant aux contestataires de la loi Harel « d’exercer leur droit à la démocratie » et récupérer les administrations, créatures du gouvernement du Québec, auxquelles ils tenaient tant.  Leurs motivations étant essentiellement économiques – ils ne voulaient pas payer pour être montréalais – il n’y avait pas de raison de consentir à leurs demandes.  Bien sûr – ne nions pas l’évidence – le parti Libéral, Jean Charest à sa tête, ne s’est aps gêné pour bâtir sa campagne électorale de 2003 là-dessus et, encore aujourd’hui, l’Action Démocratique de Mario Dumont surf encore sur cette vague pour espérer gagner des votes..  Maintenant que la décision a été rendue, l’ensemble des Montréalais doit faire face aux conséquences.
Pour ces banlieusards, la principale marotte de la quête de liberté économique était de ne pas payer pour Montréal.  Les voilà, clamant ne pas vouloir payer pour les nids de poules de Montréal, qui souhaitent se séparer de cette ville plutôt que tenter d’en faire un meilleur lieu.  L’ennui, dans ce raisonnement, c’est qu’il est bâti sur une conception banlieusarde de la ville, qui la voit comme un gouffre financier auquel on applique une impression de non responsabilité des dépenses de la ville-centre.  Malheureusement pour ces êtres bien-pensants, leur responsabilité des dépenses montréalaises est plus grande qu’il n’y paraît.  Étonnant pour certains, ce constat se justifie de lui-même lorsque l’on considère l’étalement urbain.  Qui utilise les infrastructures montréalaises?  En écoutant simplement les bulletins de circulation des stations de radio le matin, il est aisé d’obtenir une réponse à cette question.

« Ponts de la rive sud : Champlain, Jacques-Cartier, Victoria, Mercier c’est rouge.  Lafontaine au code rouge.  Sur la rive nord, la 15, et la 13 sont bloquées à partir de la 440.  20 est : c’est au pont de l’Île Perrot. »  C’est le refrain quotidien des Pierre Lacasse, Pierre Olivier, Yves Désautels, Michel Milard, et autres chroniqueurs de circulation de la métropole.  Quelle conclusion tirer sinon qu’une forte proportion de la circulation du système routier montréalais provient de sa banlieue?  Sachant cela, peut-on affirmer que ceux qui profitent réellement des rues de la métropole sont les résidents de la banlieue?  Si l’on pousse un peu plus loin, ne serait-il pas justifié d’exiger de ceux qui utilisent le plus les rues de Montréal de payer leur juste part pour l’utilisation qu’ils en font?  Ce raisonnement conduit invariablement à penser que ceux qui prétendent ne pas avoir à « payer pour les nids de poules » de Montréal sont en fait ceux qui devraient justement payer pour puisque ce sont eux qui utilisent nos rues.

Si l’on  pousse un peu plus loin, ces mêmes gens qui refusent de payer pour la voierie montréalaise refusent aussi de payer pour les autres infrastructures.  En entrevue sur les ondes de Radio-Montréal, la conseillère de ville de l’arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce et responsable des sports, loisirs et équipements scientifiques au comité exécutif de la Ville de Montréal, Francine Sénécal, a confirmé qu’il y avait des tractations constantes entre les villes défusionnées et la ville-centre au sujet des coûts que les anciennes villes devaient assumer.  Ainsi, ces dernières refuseraient de payer pour la gestion d’infrastructures dont elles profitent directement ou non, comme le Jardin Botanique, le stade Olympique – et tout ce qui s’y rattache – le centre Claude-Robillard, le Planétarium, le futur centre de soccer intérieur et tout les autres équipements sportifs, culturels et touristiques.

Ainsi, les bien-pensants de l’autonomie municipale ont d’abord transformé la nouvelle Ville de Montréal en un ensemble d’arrondissement largement trop autonomes – au point de manquer de fonds – avec une structure politique cent fois trop lourde pour la taille de l’agglomération pour ensuite quitter le navire et transformer l’Île en un immense beigne.  Ce qui nous laisse, en bout de ligne, un Maire qui n’a que le titre, des Maires d’arrondissements aux fonctions étrangement définies, des conseillers de villes, des conseillers d’arrondissement, des représentants au conseil d’agglomération provenant des villes défusionnées, du conseil de ville et des conseils d’arrondissement.  Tout ça pour dire que le contribuable montréalais se retrouve à payer les salaires de 73 conseillers, soit 22 de plus qu’à New York, pour une population 4 fois moindre (le Journal de Montréal, 4 novembre 2005).

Une question se pose toutefois : qu’ont bien pu tirer les bien-pensants de la théorie du beigne de toute leur histoire de défusion?  La réponse est simple : rien.  Ils ont transformé Montréal en beigne, ils ont obtenu, au conseil d’agglomération, l’équivalent de leur poids démographique (i.e. pas grand’chose) et une sévère hausse de taxes foncières leur a été refilée par le gouvernement du Québec.  Voilà le juste prix de la « démocratie »…

Montréal, c’est toi ma ville…

mars 18th, 2007

Il y a eu, au cours des années 90, une campagne publicitaire dont le thème était : « Montréal, c’est toi ma ville… ». Aujourd’hui, ça me laisse songeur. En 1997, ma famille a quitté un 7 et demi situé au deuxième étage d’un triplex de la rue de Chambly, dans Hochelaga-Maisonneuve. J’ai donc eu la chance de voir les deux mondes. La banlieue est la concrétisation d’une partie de ce qu’il est convenu d’appeler le « rêve américain ». On y emménage avec le sentiment de quitter l’enfer de la ville.

Une belle maison dans une belle ville avec une belle pelouse, une belle voiture un beau cabanon… Finalement, tout est beau. Ce que l’on oublie parfois de préciser, c’est ce qui vient avec la banlieue. La solitude, l’incertitude pour certains, l’envie, le commérage sont quelques tares de la banlieue.

Du strict point de vue de la qualité de vie et des besoins primaires, la banlieue correspond à un idéal à atteindre. L’air y est respirable, l’eau ne manque pas, les espaces verts non plus. C’est le contact humain qui manque. Les voisins, pour peu qu’on connaisse leur nom, sont très discrets. Comme la plupart des gens de banlieue, ils travaillent à Montréal de 8h à 16h, mais en comptant le voyagement, ils sont sortis de 6h30 à 18h. En fin de journée, ils arrivent juste à temps pour souper et se préparer à aller dormir… Parce que ce sont des gens occupés et qu’ils doivent se lever à 5h chaque matin. En bout de ligne, nos voisins de banlieue, on ne les connaît pas. Quoi que…

Bien sûr, celui d’en face change de maîtresse tous les deux mois, prenez l’autre à côté : il reçoit souvent des hommes et on ne l’a jamais vu avec une femme… Il n’y a rien de certain, c’est juste que… Ah, et l’autre. Celle du coin de la rue – deux maisons plus loin que le voisin à l’orientation douteuse – elle est dépressive. Ça fait trois fois qu’elle parte en ambulance pour tentative de suicide. Comment dites-vous? Si je leur ai déjà parlé? Bien sûr que non. Pardon? Alors comment je sais ça? C’est simple, c’est la voisine qui me l’a dit. D’où elle tient ça? Euh… Je présume qu’on le lui a dit. Qui ça? Euh… Probablement l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours… Vous dites? Ah, est-ce que je connais mes voisins? Bah non.

Le plus ironique là-dedans, c’est que j’exagère à peine. En fait le plus grand reproche que l’on fait à la ville sur le plan humain, c’est le prétendu anonymat complet dans lequel on vit, que l’on n’est pas censé retrouver en banlieue. La banlieue, selon la façon traditionnelle de la vendre, est supposée être un gage de réussite, une façon de faire son nom. En y regardant bien, le je-m’en-foutisme perpétuel des banlieusards à l’égard de tout ce qui n’est pas « eux » fait qu’ils ne se connaissent pas. Au mieux, ils s’ignorent, au pire, ils piaillent les une contre les autres. Par opposition, entrez dans un quartier de Montréal… Verdun par exemple. Pointez-vous dans un café de quartier, comme – toujours à titre d’exemple – le Cosmik café, un café buanderie sur Wellington, près de la 4e avenue. Les gens que vous y trouvez sont toujours les mêmes. Alex, le tenancier, vous accueil à bras ouvert. Assis à une table, il y a Pierre, l’informaticien. Un crac des nouvelles technologies. À l’autre table, Philippe, le vieux souverainiste bougon. Ah, puis assis dans le grand fauteuil, c’est Dominique, le propriétaire d’un resto un peu plus loin. C’est sa deuxième carrière parce qu’avant, il était graphiste. Vous dites? Ah comment je sais ça? C’est simple, ils me l’ont dit…

Au fond, j’étais peut-être mieux en ville, à Montréal, ma ville. Quand j’y pense, ça me rappelle une chanson de Pauline Julien. Les deux dernières phrases en fait : « Peut-être qu’ailleurs j’aimerais moins ça… J’sais pas si j’vas déménager… Ou rester là ».

La Cour! Sa Majestée contre la banlieue montréalaise

mars 18th, 2007

La banlieue, signe incontesté de la domination de l’automobile.  La banlieue, lieu de perdition des âmes bien intentionnées séduites par les charmes de la vie à l’unité.  Quel crime peut donc avoir commis un endroit propre et séduisant dont l’uniformité n’a d’égal que l’ennui qu’elle suscite?  Une idée :  l’individualisme.  Un prix : la vie en société.  Voilà donc le crime de ce lieu charmant et paisible : le vol.  Cette banlieue dont on vous vente les bien faits n’est rien de plus qu’une escroquerie de la pire espèce.  Elle vous vole votre âme, votre vie, votre temps et, le plus souvent, votre portefeuille.  Un crime où l’apparence de justice, pour ne pas dire l’apparence pure et simple, prime sur la justice et l’intelligence.

La banlieue est donc accusée de vol qualifié.  Elle entre par effraction, souvent par un jeu bien orchestré ou les « c’est donc ben calme » succèdent aux « c’est donc ben beau ».  Puis, une fois l’idée plantée, on la fertilise à coup de « as-tu vu le gros centre d’achats » et de « pis y a même une piscine!! ».  Finalement, vient le coup de grâce : « seulement 800 piastres par mois ».  Ainsi donc, on vous l’a vendu – rien de plus – cette banlieue.  Seulement, c’est après qu’elle vous vole.

Elle vous vole d’abord votre portefeuille :  la banlieue c’est beau, mais c’est pas la porte d’à côté.  Le fameux « Centre d’achats » est à 5 Km et il abrite la seule épicerie, la seule librairie, le seul café et l’ensemble des « centres de service » des caisses populaires et banques du coin.  Pour vous y rendre, il vous faut une voiture – passez à la caisse SVP – histoire de pouvoir ramener l’ensemble de vos achats à tempérament.  Cette voiture vous demandera de l’entretien – 2e passage à la caisse – des assurances – quel âge?  Combien d’enfants?  Combien d’ados?  Cardiaque?  Quel est l’état de votre dossier de crédit?  Bien, passez à la caisse…  Un accident?  Ne passez pas Go et ne réclamez pas 200$ – de l’essence – 1,25$ le litre, du bon ordinaire canadien…  Ouvrez le tiroir-caisse – et, comme si ce n’était pas assez, un amortissement de 35% de la valeur du véhicule à la minute où vous le sortez du terrain du concessionnaire – qui, cela va de soi, vous regarde avec un large sourire en vous faisant, d’une main, des « tata » amicaux et tâtant, de l’autre, la liasse de billets que vous venez de lui laisser.

Voilà donc le nœud de l’affaire : la voiture.  Elle vous vole d’abord le contenu de votre portefeuille.  Si ce n’était que ça, ce ne serait pas dramatique, mais en plus, elle s’attaque à votre temps!  Elle vous occupe pendant des heures, soir et matin.  Peu importe votre nom, votre classe sociale ou le type de voiture que vous conduisez, cette dernière vous volera immanquablement une partie importante du temps qui sépare vos deux périodes de sommeil quotidiennes.  Est-ce un crime?  OUI!  Dans un monde où le manque de productivité est un crime de lèse-majesté, la voiture est un paradoxe dont on pourra difficilement se sortir.  Mais il y a pire encore!

La banlieue s’attaque aussi à l’âme!  Voyez-les ces bonzes, seuls dans leur voiture.  Un grand déménagement vers la disparition des liens sociaux.  La banlieue, c’est l’isolement.  On prétend vous vendre la paix, la sérénité alors qu’on vous vend en réalité la solitude et l’isolement.  Pensez-y quelques secondes : le banlieusard moyen quitte sa maison seul pour se rendre seul au travail dans son auto, il travaillera seul dans un bureau toute la journée, reviendra seul dans sa voiture et se renfermera sur sa petite famille une fois à la maison.  Ainsi donc, il aura quitté l’anonymat de la ville pour faire profiter sa solitude de la renommée de son pavillon de banlieue…