Déneigement aux programmes…
décembre 3rd, 2007Comme ça arrive souvent lors de journées enneigées, j’ai pris le temps de faire un peu de ménage… Quelques sujets, en vrac, dont j’ai omis le traitement ces dernières semaines.
En regardant par la fenêtre ce matin, il était difficile de ne pas penser voir le paradis avant l’enfer. La beauté de Montréal sous la neige est infinie. Les flocons se mêlent au vent pour offrir une poudrerie qui recouvre l’ensemble des reproches de laideur avec un manteau d’un blanc immaculé. L’hiver gèle les langues et emplit de neige les bouches des détracteurs urbains pour quelques heures. Pendant quelques minutes, les yeux brillants des enfants frémissants à l’idée d’aller profiter de ce cadeau du ciel nous font oublier le travail parfois discutable de certains élus. Pour un temps seulement…
Dès que la tempête est passée, la frénésie de l’ensevelissement de la ville tombe en même temps que les sourires. La neige se transforme en “maudite marde blanche” et les reproches recommencent.
“Le déneigement ne va pas assez vite”
“La Ville n’est pas capable de faire sa job”
“On va encore en avoir pour trois semaines”
Ironiquement, on vient d’annuler deux contrats et un appel d’offres pour le déneigement de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. L’annulation a été réclamée dans un rapport du service du capital humain de la Ville de Montréal. Le service enquête également sur des allégations de corruption contre un haut fonctionnaire municipal qui aurait profité des largesses d’un entrepreneur ayant obtenu l’un des contrats (CORRIVEAU, Jeanne. Le Devoir, Samedi 1er décembre 2007 p. A5). Pour une fois, ce n’est pas un élu… On peut toutefois prévoir des délais supplémentaires pour les résidents de l’arrondissement.
Parallèlement le déneigement demeure l’une des seules responsabilités du maire de l’Arrondissement de Ville-Marie. Benoît Labonté sera-t-il en mesure de déneiger convenablement son arrondissement, ou tant Super-Gérald que le prochain chef de Vision Montréal utiliseront cet enjeu pour se faire du capital politique sur le fonctionnement hivernal du centre-ville et le danger que le non-entretien des trottoirs représente pour les piétons? Verrons-nous, encore une fois, les Montréalais trébucher en exécutant quelque figure artistique sur les plaques de glace qui seront laissées en place par les cols bleus sous prétexte qu’ils n’ont ni les effectifs, ni les moyens techniques pour les faire disparaître. Tout ça pendant que le Califfe et Iznogoud se prendront aux cheveux sur divers sujets, dont le déneigement, mais aussi sur le rapatriement des pouvoirs par le maire Tremblay.
Étrange, quand on y pense, qu’un roitelet d’arrondissement ayant ouvertement poignardé SON maire soit surpris que ce dernier, avant de rendre son souffle ultime, lui inflige l’affront de lui retirer tout ce qui pouvait lui rester de pouvoirs réels. Les choses seraient-elles en train de revenir à ce qu’elles auraient dû être depuis le départ? Si les mesures adoptées par la ville-centre ne l’ont été que pour humilier Benoît Labonté, on peut en douter. La recentralisation peut commencer par la prise de contrôle du centre-ville, mais ne doit pas s’y limiter.
Il ne faut pas revoir des affronts à la démocratie comme il en fût à Outremont. Le dérapage des fusions-défusions est tel, que le baron d’Outremont a pu s’arroger le droit de boire aux frais des citoyens. Il s’est payé, à deux fois le montant de la soumission, un centre culturel tout neuf. Un héritage à la fois somptueux et amer pour un arrondissement où les gens sont fiers d’habiter. Où était le contrôle? Où était le vérificateur? Où était Québec? Le plus triste là-dedans, c’est lorsqu’on en vient à se poser cette question: où étaient les citoyens?
Quelques-uns étaient là. Ils veillaient au grain, mais leurs voix n’ont pas été entendues. Le mouvement de politique municipale n’a pas levé. La démocratie ne vit pas que le temps d’une élection. C’est une créature qu’il faut entretenir si l’on veut qu’elle subsiste, qu’elle conserve ses pleins droits et, de cette façon, nos propres droits. En la gardant active, nous nous offrons non seulement le droit de parole, mais également le droit de faire comprendre aux élus qu’il sont au pouvoir par nous, pour nous, et qu’ils doivent nous écouter. N’est-ce pas, Madame la Ministre?
Encore faut-il, même si l’on nous écoute, que notre voix soit justement représentée. La palme de l’ignorance municipale revient encore à l’inaccessible député de Bonaventure (charmante circonscription gaspésienne) et, accessoirement, ministre des affaires municipales et des régions du Québec. Au fil des ans, elle a appris à maîtriser l’art de la réforme à la va-comme-je-te-pousse. Peu de réflexion, beaucoup de pression, infiniment trop de priorités mal placées, la nouvelle réforme de la gérance de Planète-Montréal - qui pourrait, idéalement, inclure une vague de centralisation rafraîchissante - contient également la pire idée que ce gouvernement ait apportée au monde municipal: le secrétariat d’agglomération. Le droit de la majorité montréalaise sera bafoué pour satisfaire le cannibalisme des insulaires de l’Ouest dans un retour en arrière sans précédent. Peu de développement toutefois puisqu’en ce jour de décembre, la composition du secrétariat n’a toujours pas été confirmée…
De toute façon, pendant que vous pelletez la marde blanche, le Gouvernement s’occupe de vous…
* * *
Je m’en voudrais d’oublier la partie programmation de l’histoire. En sortant mon baladeur pour aller libérer l’escalier extérieur du manteau blanc laissé aujourd’hui par Dame-Nature, je me suis rappelé ce courriel reçu la semaine dernière…
Je vous ai déjà parlé de CIBL, cette station de radio communautaire qui s’intéressait aux enjeux montréalais tout en offrant une programmation de qualité. Figurez-vous donc que le directeur des programmes a quitté la station. La tournure des phrases des dernières communications officielles de la station, à savoir:
“Comme vous le savez peut-être, Jean-François Porlier, directeur de la programmation à CIBL a mis fin à son contrat et a quitté l’aventure Radio-Montréal.”
“Nous souhaitons finalement vous informer que Jean-François Porlier a quitté l’équipe de CIBL Radio-Montréal, après plus d’un an au poste de directeur de la programmation. Nous lui souhaitons la meilleure des chances dans ses projets futurs!”
Ça laisse franchement à penser que “l’aventure” ne s’est pas trop bien terminée. Ce ne sont, pour l’instant, que des suppositions, mais je mènerai une enquête plus poussée dans les prochains jours. Cela dit, la station s’est donné, il y a quelques mois, les moyens d’avancer, d’aller plus loin dans l’offre d’une programmation par Montréal, pour Montréal. Il ne reste qu’à espérer que le départ du directeur des programmes, l’une des pièces maîtresses de ce renouveau CIBLien ne me fera pas préférer le iPod à la radio…




